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Semaine des métiers du tourisme : « Ce sont des métiers où on donne du plaisir aux gens »
Véronique Siegel est présidente nationale de l'Umih Hôtellerie et présidente départementale de l’Umih 67. Partenaire incontournable de cette Semaine des métiers du tourisme, l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie est également pleinement engagée aux côtés de France Travail tout au long de l’année pour accompagner les entreprises du secteur dans leurs recrutements. Interview.
Publié le 20/03/2025
Quel constat dressez-vous sur le secteur de l'hôtellerie en Grand Est ?
Au niveau économique, c'est un secteur qui continue à se porter relativement bien.
Après l'épisode catastrophique du Covid et la renaissance exceptionnelle post-Covid, nous sommes revenus à des niveaux classiques avec des performances tout à fait honorables, en particulier en Grand Est. Naturellement, notre région est un vaste territoire avec des différences d'un bassin d'emploi à l'autre, d'une zone touristique à l’autre, mais globalement c’est un secteur qui se porte bien. Que ce soit en Lorraine, en Champagne Ardenne ou en Alsace, on a régulièrement des projets qui émergent et qui sont porteurs d'avenir.
Quels sont actuellement les besoins en recrutement du secteur en Grand Est ?
Globalement, France entière, on est à la recherche chaque année de 200 000 postes qui trouvent difficilement preneurs. Etant donné notre panel de métiers différents à la fois en termes de niveau de qualification et de conditions d'exercices, nous recherchons des profils très variés. J’irais même plus loin : à chaque profil de demandeur d’emploi, nous pouvons trouver un emploi qui correspond grâce à la diversité de nos métiers.
Quelles sont, selon vous, les meilleures recettes pour recruter actuellement dans le secteur ?
Je ne sais pas s’il existe un format unique qui fonctionne. A l’Umih, nous participons à de nombreux forums, des job dating, des ateliers… On apprécie aussi les recrutements «à l’aveugle» organisés par des clubs sportifs car en termes de mentalité, l’univers du sport est très proche de notre univers. L’hôtellerie-restauration, c’est du travail d'équipe, avec de l'engagement et le besoin de travailler avec l'autre, c'est extrêmement important. On organise beaucoup de rencontres avec les demandeurs d'emploi dans les différents bassins d'emploi très souvent avec les agences de France travail.
Il faut être au plus près des besoins quand ils émergent dans les entreprises pour organiser efficacement des rencontres.
Quels sont, selon vous, les principaux freins au recrutement du secteur ?
La distance entre l'habitation et le lieu d'exercice est un frein important. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises pourraient se développer davantage en secteur rural, s’il n’y avait pas pénurie de main d'œuvre localement. En plus de la distance, on a également les horaires décalés qui peuvent freiner les recrutements. Quand on termine tard le soir, qu'il y a pas de transport en commun, qu’on est forcément lié à la voiture, ça peut être un frein en ruralité notamment. Il est vrai qu'on souffre d'un déficit d'image récurrent, voire historique, dans nos métiers. Quand on évoque nos métiers, on pense à la difficulté de travailler en cuisine, à la chaleur, aux horaires, etc.
Mais aujourd'hui, le secteur est en pleine mutation. On intègre des femmes sans problème dans nos cuisines, et avec elles, les métiers changent. Sur le plan salarial, puisque c’est également ce qu’on reproche souvent au secteur, je tiens à dire que nous sommes l’une des branches professionnelles qui a consenti le plus d'efforts en termes de salaires ces dernières années.
Dans l’hôtellerie-restauration, personne ne débute au Smic puisque le premier échelon de notre grille salariale inscrite dans notre convention collective est au-dessus du Smic. Ce sont des images éculées qui ont la vie dure. On a beaucoup évolué sur l'organisation du temps de travail. On propose aujourd’hui des évolutions notables avec des carrières professionnelles totalement compatibles avec une vie de famille. Pour que nos clients puissent aller dîner le soir au restaurant, nous sommes bien obligés de travailler le soir. Si on veut pouvoir partir en week-end et en vacances, il faut bien du personnel qui travaille dans les hôtels à ces périodes-là.
Donc oui, on travaille toujours en horaires décalés, comme un actif sur trois. Ça n’est donc pas exceptionnel. Quand je compare à d'autres métiers, je trouve qu’on travaille le plus souvent dans un environnement agréable, dans lequel on a une relation à l'autre, un contact avec la clientèle.
Ce sont des métiers où on donne du plaisir aux gens. Nous avons d’ailleurs de plus en plus de femmes dans les métiers de d'hôtellerie-restauration avec 56% de taux d'emploi dans l'hôtellerie. La restauration est également sur une tendance à la féminisation de ces métiers même si on a encore l'image d’une cuisine exclusivement masculine. Là aussi, ça évolue.
« Grâce au restaurant éphémère, on démystifie la réalité de nos métiers »
Justement, comment faites-vous pour attirer plus de femmes dans les métiers du secteur ?
Je ne pense pas que ce soit aujourd’hui plus compliqué pour une femme que pour un homme dans nos métiers. Et quand on est en horaires décalés, ça veut dire que par ailleurs on a des plages entières dans la journée où on est disponible pour les enfants, pour les accompagner dans leurs sorties, à l'école. On n'est pas là au même moment mais on est quand même là à des moments importants pour les enfants. C'est donc tout à fait compatible.
Comment est-ce que l’Umih travaille avec France Travail Grand Est ?
On se rencontre régulièrement. On travaille ensemble pour organiser des événements ciblés sur nos métiers. De façon plus institutionnelle, on a des échanges fréquents sur les formations, les recrutements, le développement de compétences. On met également en place régulièrement des préparations opérationnelles à l'emploi individuelle ou collective avec des entreprises ou des groupements d’entreprises quand il y a des besoins spécifiques. On noue des collaborations assez étroites tout au long de l'année, et pas juste pendant la semaine des métiers du tourisme.
Que pouvez-vous nous dire sur un format très en vogue en ce moment le restaurant éphémère ?
C'est un format qui donne une belle image et surtout une image réaliste de nos métiers aux demandeurs d'emploi dont certains ne sont jamais allés au restaurant. Grâce au restaurant éphémère, on démystifie la réalité de nos métiers. Je pense que c'est important pour les demandeurs d'emploi. D’autre part, c'est une fierté pour nous, professionnels, de pouvoir organiser ces restaurants éphémères avec France Travail. On montre ce qu'on sait faire et ce qu'on aime faire à d'autres en essayant de gagner cette opération en séduction.
Quand en plus, on a des demandes pour intégrer nos métiers, c'est extrêmement valorisant et on est très heureux. On est très attaché à cette collaboration avec France Travail. Plus on arrivera à faire connaître nos métiers aux conseillers et conseillères France Travail, mieux nous communiquerons auprès des demandeurs d'emploi.
Photographie : @AnneMilloux
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