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« Chaque mois, nous recrutons entre 80 et 130  conducteurs, dans toute la France », Sonia Kotni Tahari, Responsable Recrutement et Formation, Jardel

Le transport routier fait aujourd’hui face à une importante pénurie de candidats. Le nombre d’offres d’emploi reste très largement supérieur au nombre de personnes disponibles. Comment l’entreprise Jardel parvient-elle à attirer et fidéliser ses conducteurs ? Entretien avec la responsable Recrutement et Formation, Sonia Kotni Tahari.

Publié le  12/06/2024

Pouvez-vous nous présenter le groupe Jardel ? 

Sonia Kotni Tahari : Jardel est un groupe de transport français né en 1983. Nous avons ainsi fêté notre quarantième anniversaire l’année dernière. Originellement, nous nous sommes développés via le transport de marchandises à destination de la grande consommation. Notre premier client a été le groupe Carrefour.

Au fil des années, notre réseau de clients s’est étoffé. Nous travaillons aujourd’hui avec d’autres enseignes, à l’instar des magasins Action et nous sommes présents sur tous les marchés. Le siège social de notre groupe est à Toulouse et nous totalisons 2 080 salariés ; 90 % de notre effectif est composé de conducteurs de poids lourds et super lourds. Nous sommes présents sur 23 sites au sein de l’Hexagone et disposons de 12 directeurs d’exploitation et de 37 responsables d’exploitation, dont la plupart étaient précédemment conducteurs routiers.

En 2014, le groupe a été cédé à Monsieur Dimitri Goineau par son fondateur, Monsieur Jardel. Malgré notre forte croissance, nous conservons un caractère d’entreprise familiale et nous maintenons un management de proximité avec une stratégie de promotion interne.  

 

Quels sont vos principaux enjeux en matière de recrutement ? 

S. K. T. : À l’instar de toutes les entreprises de transport, nous sommes confrontés à des difficultés de recrutement. Actuellement, on estime qu’il manque 50 000 conducteurs sur le territoire français pour répondre à la demande. La crise sanitaire a durablement changé les attentes des salariés qui aspirent désormais à un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Le secteur du transport n’échappe pas à ces nouvelles attentes. Nous nous sommes donc engagés, depuis trois ans, dans une conduite du changement afin d’attirer et de fidéliser nos conducteurs. 

 

Quelles ont été les évolutions au cours des dernières années ? 

S. K. T. : Il faut bien avoir à l’esprit que, durant la crise sanitaire, les transporteurs routiers étaient en première ligne. Ces hommes et ces femmes de courage ont continué d’alimenter les Français, malgré un contexte sanitaire inconnu. L’été du déconfinement a été pour nous particulièrement catastrophique. Nous avons dû faire face à une demande croissante avec peu de personnel et des équipes fatiguées. Nos équipes aspirent désormais à un retour à un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Dans le même temps, le transport de marchandises requiert des horaires décalés et le travail le samedi. Nous devons travailler le week-end car les Français consomment tous les jours.  

 

Quelle est actuellement la situation en matière de recrutement ? 

S. K. T. : Nous recrutons très peu sur les fonctions support. En revanche, nous avons de réels besoins en matière de conducteurs poids lourds et super lourds. Chaque mois, nous recrutons entre 80 et 130 conducteurs dans toute la France. Au global, chaque année, nous opérons plus de 800 recrutements. Nous devons faire face à un important turn-over (taux de rotation du personnel) et il est difficile de fidéliser les talents. Beaucoup sont en reconversion et certains rêvent d’un métier qui n’est pas la réalité. Par ailleurs, les offres d’emploi sont très nombreuses et la concurrence est forte.

Notre parti pris est de donner leur chance à des profils en reconversion et de les accompagner dans la connaissance du métier. Nous accueillons tout au long de l’année des demandeurs d’emploi en reconversion par le biais de la plateforme « immersion facilitée ». Cela nous permet d’attirer davantage de profils dans des délais souvent très serrés.  

 

Quelle typologie de profils cherchez-vous à recruter en termes de formation, de parcours et d’expérience ? 

S. K. T. : Il n’y a pas de profil type. Nous cherchons avant tout des personnes dotées de l’envie et de la motivation nécessaires au métier de conducteur routier. Pour les prérequis, il faut être âgé de plus de 18 ans, être titulaire d’un permis B français en cours de validité et comprendre le français. En effet, le métier de conducteur de marchandise ne se limite pas à la conduite. C’est également un métier de contact avec les clients.  

 

Les femmes restent sous-représentées dans ce métier. Comment l’expliquez-vous ?  

S. K. T. : Notre score Index Afnor, égalité femme-homme est de 94 %. Au sein de l’entreprise Jardel, le top management est composé de nombreuses femmes, à commencer par notre comité de direction. Il en est de même dans les fonctions support. Nos recrutements se font sur les compétences et non sur le genre. Cependant, sur les effectifs conducteurs, nous sommes dans la moyenne nationale avec seulement 3 % des conducteurs qui sont aujourd’hui des conductrices.  

 

Quelles initiatives avez-vous mises en place afin de féminiser le métier de transporteur routier ? 

S. K. T. : Le transport routier a très longtemps laissé ses portes fermées aux femmes et le mythe selon lequel les femmes ne peuvent pas exercer à ce métier perdure encore aujourd’hui. Face à ce constat, nous avons lancé en 2021 l’initiative Jard’elles avec l’ambition de mettre fin aux discriminations de genre dans notre secteur.

Nous nous sommes engagés dans une grande campagne d’information dans les écoles, les lycées, mais également au sein des agences France Travail, des salons de l’emploi et par le biais de sessions de job dating.  Nous avons ouvert des sessions de formation à destination des femmes au sein de nos sites qui cherchent à recruter. Depuis 2021, nous avons formé une trentaine de femmes au travers de quatre sessions de formation : deux à Bordeaux et deux à Toulouse.  

 

Quels sont vos liens avec France Travail ? Avez-vous mis en place des opérations de recrutement conjointes ?  

S. K. T. : Si le contexte de recrutement est difficile, nous avons la chance d’être accompagnés. Les OPCO et les équipes de France travail se placent à nos côtés.  Nous avons noué un véritable partenariat avec France Travail, avec des relais dans toute la France. Dans toutes les régions où nous avons des besoins en recrutement, nous menons des opérations conjointes, avec une même conviction : tout profil peut être reconverti, à la condition qu’il soit motivé et qu’il ait envie.  

 

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