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Les maisons de santé pluriprofessionnelles attirent de plus en plus les jeunes soignants

Prendre soin de soi pour mieux soigner les autres : les professionnels de santé, jeunes diplômés en première ligne, envisagent désormais d’autres modes de travail où la qualité de vie prime. En plein boom, les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) répondent à cette évolution : adieu l’isolement, place à la collaboration et à la mutualisation des ressources !

Publié le  04/04/2025

Depuis plusieurs années, les agences régionales de santé (ARS) encouragent la création de MSP pour favoriser le travail en équipe entre professions médicales et paramédicales. Ce regroupement répond à une double problématique : d’un côté, l’accès aux soins pour les patients est facilité, de l’autre, les soignants bénéficient d’un cadre plus structuré, d’une organisation plus fluide et, par conséquent, d’une meilleure qualité de vie.  

« Petit à petit, le modèle du praticien seul en cabinet va disparaître, affirme Valentine Burucoa, cofondatrice de Jeen, un centre parisien dédié à la santé des femmes. Côté institutionnel, tout est mis en place pour inciter à ce regroupement, avec des aides et des subventions spécifiques. Côté praticiens, on observe un vrai attrait pour le travail d’équipe, qui permet de rompre l’isolement et de mutualiser les ressources. » 

Une approche séduisante pour Valentine Burucoa, qui porte désormais la double casquette de sage-femme et entrepreneure. Avec Jeen, elle et son associée Isabelle Verguin ont voulu créer un centre pluridisciplinaire exclusivement consacré à la santé et au bien-être féminin. Jeen regroupe ainsi gynécologues, sage-femmes, échographistes, kinésithérapeutes, ostéopathes, psychologues, chiropracteurs, diététiciens, dans une vision holistique du soin.

 

Un cadre de travail plus attractif en MSP 

L’un des principaux atouts des maisons de santé pluriprofessionnelles réside dans la mutualisation des services. Secrétariat, gestion administrative, matériel médical : autant d’éléments qui, en cabinet individuel, représentent une charge supplémentaire pour les soignants. En MSP, ces tâches sont partagées pour alléger le quotidien des praticiens et leur permettre de se concentrer pleinement sur leur cœur de métier, le soin

« Ce qu’on constate, c’est que le fait de ne pas avoir à gérer seul les aspects logistiques et administratifs change complètement la perception du métier, explique Valentine Burucoa. C’est un confort au quotidien, mais aussi un véritable levier d’attractivité pour les jeunes diplômés, qui peuvent se lancer en libéral directement, sans avoir à porter tout le poids de la gestion d’un cabinet. » 

 

Qu’est-ce qu’une MSP ? 

 

Une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) est une structure qui regroupe plusieurs professionnels de santé exerçant en équipe. Elle permet un meilleur suivi des patients grâce à une approche coordonnée entre médecins généralistes et spécialistes, infirmiers, sage-femmes, kinésithérapeutes, psychologues, ainsi que des professionnels du bien-être et de la prévention

Un équilibre vie pro-vie perso mieux respecté 

Autre point d’attractivité des MSP : un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Contrairement à l’hôpital, les soignants en maison de santé conservent une autonomie dans la gestion de leur emploi du temps. 

« Ce n’est pas forcément une question d’horaires plus légers, nuance Valentine Burucoa. La vraie différence, c’est qu’on choisit. On peut décider d’intensifier son activité sur une période et de ralentir ensuite. Cette flexibilité fait toute la différence et permet de mieux concilier engagements professionnels et vie personnelle. » 

Ce mode de fonctionnement séduit particulièrement les jeunes soignants en quête d’une approche plus équilibrée de leur métier. « On observe une dynamique nouvelle : penser qu’en prenant soin de soi, on soignera mieux les autres », souligne encore Valentine Burucoa. Face à un hôpital en crise, marqué par des conditions de travail éprouvantes, les maisons de santé pluriprofessionnelles apparaissent comme une alternative plus humaine et adaptée aux attentes des jeunes générations. 

 

Une nouvelle façon de travailler 

En favorisant le travail en équipe, les MSP participent également à la montée en compétences des soignants et à une meilleure prise en charge des patients. Le travail collaboratif permet une approche plus globale et holistique des soins, avec une meilleure coordination entre les professionnels.  

« Ce qui stimule vraiment les soignants, c’est l’intelligence collective, souligne la jeune femme, qui a travaillé de nombreuses années dans le cadre hospitalier. Quitter l’hôpital, ce n’est pas évident, se remémore-t-elle. On y trouve une équipe, un cadre stimulant, un salariat qui offre une certaine sécurité et un confort rassurant. Passer en libéral, c’est un grand saut sans filet dans un univers plus incertain. Ce n’est pas une transition qui convient à tout le monde. » 

Dans ce contexte, les MSP apparaissent comme une alternative rassurante. « On retrouve cette dynamique d’équipe et cette stimulation intellectuelle qu’on apprécie à l’hôpital, mais avec plus d’indépendance. On démarre avec le luxe de ce qu’on appelle dans le médical le compagnonnage. » 

 

Les chiffres clés des MSP 

 

  • 4 000 MSP prévues d’ici à 2027 
  • 32 000 professionnels de santé déjà en exercice en MSP 
  • 8,9 millions de patients suivis par un médecin en MSP 
  • Un médecin en MSP prend en charge 600 patients de plus par an qu’un praticien en libéral isolé 

La possibilité d’un modèle hybride hôpital-libéral ? 

Si les maisons de santé pluriprofessionnelles séduisent de plus en plus de professionnels, le lien avec l’hôpital n’est pas rompu pour autant. De nombreux soignants, notamment des médecins et des sage-femmes, optent pour une approche hybride avec une activité en milieu hospitalier et des consultations en MSP. 

« Ce modèle mixte permet de profiter des avantages des deux structures, analyse Valentine Burucoa. D’un côté, l’hôpital offre une expérience formatrice et une diversité de cas médicaux. De l’autre, l’exercice en maison de santé permet une plus grande flexibilité et un travail en équipe plus fluide. » 

Cependant, cette double activité n’est pas toujours simple à mettre en place. Les hôpitaux, souvent en sous-effectif, peinent à accorder des temps partiels adaptés, craignant de voir leurs effectifs se réduire encore davantage. « Il y a une certaine résistance institutionnelle, admet la sage-femme. Certains cadres hospitaliers redoutent que les soignants goûtent aux avantages du libéral et finissent par quitter définitivement l’hôpital. » 

De plus en plus de professionnels revendiquent un modèle de carrière plus souple, où l’hôpital et les maisons de santé pluriprofessionnelles coexistent et se complètent. Une évolution qui pourrait représenter une solution face aux défis du système de santé. 

 

Les métiers du soin toujours en tension 

Si le modèle des MSP est en plein essor, il se heurte encore à certains obstacles. La gestion collective peut parfois s’avérer complexe, notamment en ce qui concerne la répartition des tâches et des responsabilités. « Une maison de santé, c’est un peu comme une colocation, note Valentine Burucoa. Si l’organisation n’est pas bien pensée, des tensions peuvent apparaître. Il faut des règles claires et un bon esprit d’équipe pour que cela fonctionne. » 

Autre enjeu de taille : le recrutement. Certaines spécialités, comme les gynécologues ou les neurologues, sont particulièrement difficiles à attirer dans les MSP. La cofondatrice de Jeen, en pleine ouverture de son second centre en région parisienne, se réjouit d’ailleurs à l’annonce du lancement de la plateforme Prendresoin.fr.  

Les maisons de santé continuent cependant de se multiplier et dessinent un nouveau paysage du soin en France. En proposant un cadre plus structuré et un mode de travail plus humain, elles apparaissent comme une réponse concrète aux aspirations des soignants et aux besoins des patients. Un modèle qui, à terme, pourrait s’imposer dans le paysage français et peut-être résoudre le problème des déserts médicaux ?  

Aller plus loin : 

https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/dp_msp.pdf

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